mercredi 18 septembre 2013

Kusen du 06 et 07 août 2013 de maître Kosen au temple Zen de Caroux

Le karma des trois temps

Le karma des trois temps : roue de la Vie, monastère de Trongsa Dzong

Kusen donné lors du camp d'été 2013 - Temple zen Yujo Nyusanji

Je reprends l’enseignement de Jayata, ou plutôt de son maître KumadataJayata demande à son maître :
« Mes parents ont toujours eu la foi dans le Bouddha, dans son enseignement, dans la communauté. Pourtant ils ont toujours été en mauvaise santé, la plupart du temps ce qu’ils ont fait n’a pas marché, en tous les cas pas comme ils l’auraient souhaité. A côté de cela, nos voisins qui étaient cruels, violents, appartenaient à la mafia, qui n’avaient pas un gramme de foi en quoi que ce soit, ont toujours été en bonne santé, ils sont prospères et leurs entreprises sont couronnées de succès. Donc mes parents qui ont depuis longtemps pris refuge dans les trois trésors, devraient être en bonne santé, mais c’est le contraire, rien ne marche, ni l’argent, ni la santé, ni la famille. Donc pourquoi ces gens mauvais sont-ils bénis, et pourquoi des gens qui sont bons, qui essaient de faire un effort,  qui partagent le peu qu’ils ont, qui ont des bonnes pensées sur les gens, sont-ils maudits ? »
Le maître lui répond :
« De nos jours il y a beaucoup de gens qui pensent comme ça. Imagine-toi, même ceux qui sont devenus moines pensent comme ça, alors c’est normal que les laïcs aussi pensent comme ça. »
Et le dix-neuvième patriarche ajoute :
« Je ne vois pas là de quoi douter. Il faut savoir qu’il y a trois temps pour la rétribution karmique. Il est fréquent de voir les bons et les compassionnés mourir jeunes, il est fréquent de voir des gens cruels vivre longtemps. Les salauds prospèrent et les bons trouvent seulement de la misère. Les ignorants et ceux qui n’ont pas écouté correctement l’enseignement ne connaissent rien à ce sujet, au sujet du passé et de ses conditions de cause à effet. Ils ne comprennent pas non plus le futur, ils se font juste des illusions au sujet du présent. Ils pensent qu’il n’y a ni cause, ni effet, et que les mots tels que la misère, l’infortune ou la bénédiction sont sans aucun sens, que c’est juste un coup de chance. C’est le maximum de la stupidité.
En ce qui concerne le karma des trois périodes :
- le premier est celui qui porte des résultats dans la vie présente : quand le bon ou le mauvais karma est fabriqué dans la vie présente, et qu’on en reçoit les résultats dans la vie présente.
- le second est celui qui porte des conséquences dans la vie suivante : les cinq transgressions impardonnables et les sept transgressions mortelles portent nécessairement leurs conséquences dans la vie suivante. Quand on pratique quelque chose de très lourd, comme le viol, ou le meurtre, la plupart du temps les résultats apparaissent dans la vie suivante.
- le troisième est celui qui porte une conséquence dans la vie après la suivante, c’est-à-dire dans deux naissances, ou trois, ou cinq. Si on accumule du karma grave dans la vie présente, les résultats en sont parfois ressentis dans la troisième ou quatrième vie, ou même dans d’innombrables vies dans le futur. C’est pour cela que même si quelqu’un reçoit des résultats dans le présent, à cause d’un bon karma d’une vie passée, le résultat peut ne pas être identique à cause d’un ancien karma antérieur à la dernière vie. Donc les gens dont on dit qu’ils ont un bon ou un mauvais karma mélangé, font l’expérience soit de bons, soit de mauvais résultats dans le présent : il ya du bon, il y a du mauvais. Donc ceux qui ont des bons et mauvais karma mélangés reçoivent des résultats mélangés de bien et de mal.
Chaque être humain, enfin la majorité des êtres humains, ont parfois cachés en eux des karmas très, très lourds dont ils ne connaissent pas l’origine, ils ne s’en souviennent plus, ça peut être des karmas de plusieurs vies.
« Il faut bien savoir, dit le maître, que le pouvoir du karma est extrêmement lourd et puissant, et la pratique du Dharma du Bouddhala pratique du zazen, des sesshins, des fusés, du samu... fait en sorte que des résultats extrêmement graves du passé, qui nous menacent, sont changés en résultats légers : cela affaiblit le poids des rétributions. Et les résultats légers deviennent inexistants dans le présent, par notre pratique. Cela signifie que le mal causé dans les dix passés devrait être expérimenté dans le futur comme une souffrance sévère, mais certaines fois, grâce à la pratique du dharma, il est expérimenté de manière légère. On peut être malade, les choses peuvent ne pas marcher correctement, les gens peuvent vous critiquer... il y a toutes sortes d’exemples de "recevoir légèrement une influence mauvaise" dans le présent, mais qui auraient dû être une souffrance sévère. C’est pourquoi on devrait avoir de plus en plus confiance dans le pouvoir de la pratique du dharma, parce que les résultats du mauvais karma du passé lointain peuvent tous être rendus légers, seulement si vous êtes courageux, énergique dans votre pratique. »
Alors même si en tant qu’étudiant de la Voie, en tant que disciple, vous comprenez très bien la Voie et êtes très sérieux, il se peut que vous ayez une mauvaise réputation, ou que malgré vos efforts vous ayez une mauvaise santé. Vous devez réaliser que ce sont des exemples de résultats graves amoindris par la pratique et expérimentés légèrement. Ainsi, si vous comprenez cela, vous n’en voudrez pas à ceux qui se conduisent mal  aujourd’hui, vous ne serez pas choqués de voir que, bien qu’ils se conduisent mal, ils ont de la chance. Même si des gens assassinent et blessent, ne les blâmez pas, même si ces assassins sont vénérés et respectés, ne les haïssez pas.
Le karma de pratiquer la voie augmente chaque jour, et le mauvais karma des vies antérieures décroit chaque jour. Donc la pratique est importante. On doit pratiquer régulièrement, sincèrement.
Ainsi, même si vous avez maintenant connaissance du karma des trois temps, vous ne connaissez pas encore la racine du karma. Je vais vous l’expliquer au prochain zazen.

Maitre Kosen

Mardi 6 août 2013

L’esprit est originellement pur, sans commencement ni fin, simplement tranquille, très conscient et très clair.

L’esprit est originellement pur, sans commencement ni fin, simplement tranquille,  très conscient et très clair.

Kusen donné lors du camp d'été 2013 - Temple Yujo Nyusanji

Donc le karma de pratiquer la Voie augmente chaque fois que vous pratiquez, et du même coup le mauvais karma des vies antérieures décroit chaque fois que vous pratiquez, évidemment si vous pratiquez dans un esprit pur. Maintenant que vous avez connaissance du karma des trois temps, vous ne connaissez pourtant pas encore la racine du karma. Le karma a de bonnes et de mauvaises conséquences. Il y en a de différentes catégories, comme un karma ordinaire ou un karma saint. Il y a des résultats karmiques tels que les trois royaumes, les six destinées, les quatre sortes de naissance, et les neuf existences.
Le karma naît de l’illusion, et l’illusion, en particulier, c’est haïr ou désirer ce qui ne devrait pas être haï ou désiré ; affirmer ou nier ce qui ne devrait pas être affirmé ou nié. L’illusion consiste à penser que ce qui n’est pas yang est yang, ou que ce qui n’est pas yin est yin. L’illusion consiste à se distinguer sans cesse soi-même des autres. La non illumination signifie ne pas connaître sa véritable origine, ne pas connaître le lieu de naissance des myriades de choses. Manquer de sagesse dans toute situation, c’est ce qu’on appelle également la non illumination.
L’esprit de zazen, du vrai zazen sans but, dans la posture correcte, sans pensée, originellement pur, libre des influences du monde social, n’est pas souillé par les autres conditions. Au contraire, il purifie la conscience et le karma. Donc la pensée de zazen transforme l’esprit, même si on ne s’en rend pas compte.
La transformation de cet esprit, lorsqu’on revient du samadhi à la conscience ordinaire humaine, on l’appelle la conscience de non illumination. Quand on prend conscience de cette non illumination, l’esprit de l’observateur observe ce monde ordinaire, mais il sait que ce monde ordinaire est originellement pur, il sait que la propre nature de ce monde ordinaire est spirituelle et lumineuse.
Si vous pratiquez de cette manière sans catégorie de bien, de mal, alors la non illumination est détruite.
C’est aussi aider les autres, c’est sauter dans le samsara pour aider les autres et soi-même, c’est détruire les douze conditions d’interdépendance, à ce moment-là elles sont perçues comme vides et illusoires. Les quatre sortes de naissance, les six destinées sont oubliées d’un seul coup, parce que la compassion apparaît, parce qu’on sait que l’esprit originel de tout le monde est comme cela. Il n’y a pas de distinctions, il n’y a pas de dégénérescence, il n’y a pas finalement, et jamais, d’extinction de cet esprit originel.
En conséquence il n’y a pas d’actes, il n’y a ni haine ni envie, ni croissance ni décroissance, il n’y a rien que le grand silence, la grande intelligence.
Je vous conseille, dit le maître, d’expérimenter l’esprit originel. Vous vous débarrasserez des milliers d’affaires, et calmerez de nombreuses conditions, sans juger le bon, le mauvais, libre pour vous-même et pour les autres. Baissez seulement le regard à 45 degrés vers le sol et observez l’esprit originel. Vous devenez calmes, vous voyez l’esprit unique, toutes les caractéristiques des choses sont épuisées, la racine de l’ignorance est détruite, les branches, les feuilles du karma sont détruites et ses résultats n’existent plus. 

Plus tard, le dix-neuvième patriarche dit à son disciple :
« Même si vous avez déjà foi dans le karma des trois temps tel que je vous l’ai enseigné, vous n’avez pas encore compris tout à fait que le karma est produit de l’illusion, que l’illusion existe comme résultat de la conscience, et que la conscience vient de l’ignorance, que l’ignorance résulte de l’esprit, et que l’esprit est originellement pur, sans commencement ni fin, sans action ni effort, ni mérite, ni rétribution karmique, sans supériorité ni infériorité, simplement tranquille, très conscient et très clair
Si vous acceptez cet enseignement, je vous donnerai le shiho, et vous serez semblable à tous les bouddhas, vous comprendrez que tout le bien et le mal est comme un rêve, une fantaisie, un fantasme. »
En entendant cela, le disciple comprit la signification profonde de ces mots et éveilla la sagesse qu’il avait possédée depuis toujours.

Maitre Kosen,

mercredi 7 août 11h
Kusen tiré du site  http://www.zen-deshimaru.com/