Affichage des articles dont le libellé est Zen et souffrance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Zen et souffrance. Afficher tous les articles

mercredi 24 avril 2013

Pourquoi crions-nous quand nous sommes en colère ?






Un sage hindou qui était en visite au Gange pour prendre un bain a remarqué un groupe de personnes criant de colère les uns après les autres.

Il se tourna vers ses disciples, a souri et a demandé :

- Savez-vous pourquoi les gens crient les uns sur les autres lorsqu'ils sont en colère ?

Les disciples y pensèrent pendant un moment et l'un d'eux dit:
- C'est parce que nous perdons notre calme que nous crions.

- Mais pourquoi criez vous quand l'autre personne est juste à côté de vous?, demanda le guide.

- Pourriez-vous tout aussi bien lui dire ce que vous avez à dire d'une manière plus douce?
Lorsqu'aucune des réponses des disciples n'était suffisamment satisfaisantes pour le sage, il a finalement expliqué:

- Quand deux personnes sont en colère l'une contre l'autre, leurs cœurs sont séparés par une grande distance. Pour couvrir cette distance, ils doivent crier, car sinon ils sont incapables de s'entendre l'un et l'autre. Plus ils sont en colère et plus ils auront besoin de crier fort pour s'entendre l'un et l'autre pour arriver à couvrir cette grande distance.

- Qu'est-ce qui se passe lorsque deux personnes tombent en amour? Ils ne crient pas à l'autre, mais ils se parlent doucement parce que leurs cœurs sont très proches. La distance entre eux est soit inexistante, soit très faible.

Le sage continua...
- Quand ils s'aiment encore plus, que se produit-il ? Ils ne se parlent pas, ils chuchotent et obtiennent encore plus de proximité et plus d'amour. Enfin vient un moment où ils n'ont même plus besoin de chuchoter, ils se regardent seulement l'un et l'autre et se comprennent.

Puis il regarda ses disciples et leur dit :
- Ainsi quand vous discutez les uns avec les autres ne laissez pas vos cœurs s'éloigner. Ne dites pas les mots qui vous éloignent davantage, ou bien viendra un jour où la distance sera si grande que vous ne trouverez pas le chemin du retour...

...Sagesse hindoue

mardi 5 juin 2012

Paix Intérieure


Comment pouvons-nous éliminer une plus grande part de la douleur, une plus grande part de la souffrance?

En éliminant toutes les séparations entre vous. En construisant un nouveau modèle du monde. En l'entretenant dans le cadre d'une nouvelle idée…

…Qui sera une rupture radicale par rapport à la vision actuelle du monde.

Présentement, vous voyez le monde comme une collection d'Etats-nations, chacun étant souverain, séparé et indépendant des autres. Les problèmes intérieurs de ces États-nations indépendants ne sont pas considérés, en général, comme les problèmes du groupe dans son ensemble, à moins et jusqu'à ce qu'ils affectent le groupe dans son ensemble (ou les membres les plus puissants de ce groupe).

Le groupe dans son ensemble réagit aux conditions et aux problèmes des États distincts fondés sur les intérêts acquis du plus grand groupe. Si personne, dans le plus grand groupe, n'a rien à perdre, la situation dans un État distinct pourrait se dégrader et personne ne s'en soucierait beaucoup.

Des milliers de gens peuvent mourir de faim chaque année, des centaines peuvent mourir dans une guerre civile, des despotes peuvent piller la campagne, des dictateurs et leurs brutes armées peuvent violer, piller et tuer, des régimes peuvent dépouiller des gens des droits humains fondamentaux, et vous autres, vous ne ferez rien. Selon vous, c'est un "problème intérieur".

Mais quand vos intérêts sont menacés là-bas, quand vos investissements, votre sécurité, votre qualité de vie sont en jeu, vous ralliez votre pays et tentez de rallier votre monde derrière vous, et vous vous précipitez là où même les anges n'osent pas mettre le pied.

Vous dites alors le Gros Mensonge, prétendant que vous faites ce que vous faites pour des raisons humanitaires, pour aider les peuples opprimés du monde, alors qu'à la vérité, vous êtes tout simplement en train de protéger vos propres intérêts.

La preuve, c'est que lorsque vous n'avez pas d'intérêts, vous ne vous sentez pas concerné.

La machinerie politique du monde fonctionne à partir de l'intérêt personnel. Est-ce vraiment neuf?

Il devra y avoir du neuf si vous voulez que votre monde change. Vous devez commencer à considérer les intérêts de quelqu'un d'autre comme les vôtres. Cela n'arrivera que lorsque vous reconstruirez votre réalité mondiale et que vous vous gouvernerez en conséquence.

Il est temps que le monde cesse de se leurrer, qu'il se réveille, qu'il réalise que le seul problème de l'humanité est le manque d'amour.

L'amour engendre la tolérance, la tolérance engendre la paix. L'intolérance produit la guerre et considère de façon indifférente des conditions intolérables.

L'amour ne peut être indifférent. Il ne sait comment.

La façon la plus rapide d'arriver à un espace d'amour et de préoccupation envers toute l'humanité, c'est de considérer toute l'humanité comme votre famille.

La façon la plus simple de voir toute l'humanité comme votre famille, c'est de cesser de vous séparer. Les États-nations qui composent à présent votre monde doivent maintenant s'unir.

Si vous tirez votre plus grand bonheur d'expériences qu'on ne peut obtenir que du Monde Extérieur, le monde physique extérieur à vous-mêmes, vous ne voudrez jamais abandonner un gramme de ce que vous avez accumulé, en tant que personne et que pays, pour vous rendre heureux.

Et tant que les démunis considéreront leur malheur lié au manque d'objets matériels, eux aussi seront pris au piège. Ils voudront constamment ce que vous avez, et vous refuserez constamment de le partager.

C'est pourquoi j'ai déjà dit qu'il y a une façon de véritablement éliminer la guerre, et toute expérience d'agitation et de manque de paix. Mais c'est une solution spirituelle.

En définitive, chaque problème géopolitique, ainsi que chaque problème personnel, se réduit à un problème spirituel.

Toute la vie est spirituelle et, par conséquent, tous les problèmes de la vie ont des bases spirituelles, et des solutions spirituelles.

Des guerres éclatent sur votre planète parce que quelqu'un a quelque chose que quelqu'un d'autre veut. C'est ce qui pousse quelqu'un à faire quelque chose que quelqu'un d'autre ne veut pas qu'il fasse.

Tout conflit surgit d'un désir mal placé.

La seule paix au monde qui soit nourrissante est la Paix intérieure.

Que chaque personne trouve la paix en elle. Lorsque vous trouverez la paix en vous-mêmes, vous découvrirez également que vous ne pouvez vous en passer.

Cela veut tout simplement dire que vous n'avez plus besoin des choses de votre monde extérieur. Être dépourvu de besoins est une grande liberté. Cela vous libère, d'abord, de la peur; la peur de ne pas avoir quelque chose; la peur de perdre quelque chose; et la peur de ne pas être heureux sans telle chose.

Deuxièmement, être sans besoin vous libère de la colère. La colère est l'annonce de la peur. Lorsque vous n'avez rien à craindre, vous n'avez rien contre quoi vous mettre en colère.

Vous n'êtes pas en colère lorsque vous n'obtenez pas ce que vous voulez, parce que le fait de le vouloir n'était qu'une préférence, et non une nécessité. Par conséquent, vous n'avez aucune crainte associée à la possibilité de ne pas l'obtenir. Par conséquent, vous ne ressentez aucune colère.

Vous n'êtes pas en colère lorsque vous voyez d'autres faire ce que vous ne voulez pas qu'ils fassent, car vous n'avez pas besoin qu'ils fassent ou non une chose en particulier. Par conséquent, vous ne ressentez aucune colère.

Vous n'êtes pas en colère lorsque quelqu'un manque de gentillesse, car vous n'avez pas besoin qu'il soit gentil. Vous n'avez aucune colère lorsque quelqu'un manque d'amour, car vous n'avez pas besoin qu'il vous aime. Vous n'avez aucune colère lorsque quelqu'un est cruel ou blessant, ou cherche à vous nuire, car vous n'avez pas besoin qu'il se comporte d'aucune autre façon, et vous êtes certain de ne pas subir de tort.

Vous n'êtes même pas en colère si quelqu'un cherche à s'en prendre à votre vie, car vous ne craignez pas la mort.

Lorsque la peur vous est enlevée, tout le reste peut vous être enlevé et vous ne serez pas en colère.

Vous savez intérieurement, intuitivement, que tout ce que vous avez créé peut être créé à nouveau ou, qui plus est, que c'est sans importance.

Lorsque vous trouvez la Paix Intérieure, ni la présence ni l'absence de quelque personne, endroit ou chose, état, circonstance ou situation que ce soit, ne peut être le Créateur de votre état d'esprit ou la cause de votre expérience d'être.

Cela ne veut pas dire que vous rejetez toutes les choses du corps. Loin de là. Plus que jamais, vous faites l'expérience d'être pleinement dans votre corps et des délices de cet état.

Mais votre préoccupation envers les choses du corps sera volontaire, et non obligatoire. Vous éprouverez des sensations corporelles par choix, et non parce que vous êtes obligés de le faire afin d'être heureux ou de justifier la tristesse.

Ce simple et unique changement, chercher et trouver la paix en soi, pourrait, s'il était entrepris par chacun, mettre fin à toutes les guerres, éliminer les conflits, prévenir l'injustice et amener le monde à une paix durable.

Aucune autre formule n'est nécessaire, ou possible. La paix mondiale est une chose personnelle!

Ce qu'il faut, ce n'est pas un changement de circonstances, mais un changement de conscience.


Neale Donald WALSCH




Dukkha


Signification 

Dukkha veut dire la douleur, la peine, la souffrance. C'est une caractéristique dominante dans le monde dans lequel nous vivons. Selon Bouddha, le seul fait de vivre est marqué par la caractéristique de dukkha, qui est la peine qui se manifeste sous toutes ses formes. Ce peut être la peine qu'on éprouve dans la tristesse, dans la misère ou dans les difficultés de la vie. Ce peut être aussi la peine qu'on peut ressentir lorsqu'on est saturés de plaisir, à tel point que l'objet du plaisir devient lui-même dégoûtant et répulsif. C'est la peine d'être séparé de ceux que l'on aime, mais c'est aussi celle de devoir supporter la présence des êtres que nous n'aimons pas. C'est la peine de ne pas vivre dans des endroits où l'on aimerait vivre et aussi celle d'être obligé de vivre dans des endroits où nous ne voulons pas vivre. 
D'une manière ou d'une autre, que nous le voulions ou non, de nombreuses situations dans lesquelles nous nous trouvons sont pénibles. On a parfois accusé l'enseignement de Bouddha d'être pessimiste à cause de cette affirmation et on dit quelques fois que le monde n'est pas si pénible que ça parce qu'il y a de l'espoir. Il y a l'espoir d'un monde meilleur, l'espoir de gagner un paradis, de créer un monde plus heureux, de construire un environnement qui soit plus humain, plus équilibré. Lorsque les gens disent ainsi que le monde n'est pas si malheureux car il y a de l'espoir, Bouddha, dans son enseignement, a tendance à nous dire que c'est justement parce qu'il y a de l'espoir que cela montre que le monde est bien plus malheureux qu'on ne le pense. 


L'espoir d'un avenir meilleur 
Ainsi, beaucoup d'humains vivent dans l'espoir d'un avenir meilleur ; ce qui est déjà une manière de reconnaître que le présent n'est pas si agréable que ça. Malheureusement, on peut constater que le monde est plein de difficultés. Pour certains humains, ce sont même des souffrances insupportables, certains doivent subir des maladies très graves, très douloureuses. Certains humains doivent subir l'oppression de gouvernements fous, certains doivent subir des accidents, des catastrophes, et d'autres, qui ne sont pas confrontés à des souffrances aussi crues, mais qui ont expérimenté dans leur vie toutes sortes de peines au quotidien, comme d'être amené à travailler dans une entreprise avec des personnes qu'on n'aime pas, comme la difficulté d'avoir perdu un proche, la difficulté d'avoir été malade, ou encore, le malaise qu'on peut éprouver quand on découvre la souffrance des autres. 
C'est pour cela que beaucoup d'humains – presque tous – ont, au fil des siècles, imaginé un paradis éternel, merveilleux, où tous les êtres vivent un bonheur parfait. Pour certains, ce paradis est la démocratie ; lorsqu'on vit dans un pays opprimé par un régime totalitaire. Pour d'autres, c'est la richesse et la prospérité ; lorsqu'on vit dans un pays très pauvre, où l'on doit travailler beaucoup pour gagner peu. Pour certains, c'est le paradis artificiel de la drogue ; quand on vit dans des malaises personnels ou dans des problèmes existentiels. Pour certains, c'est un paradis idyllique qu'on présente au peuple dont on exploite le travail ; quand on fait soi-même partie d'un clergé religieux. D'ailleurs, aucune religion – y compris le bouddhisme – ne semble avoir échappé à cette règle. 
Ainsi, nous avons tendance à imaginer, à projeter dans l'avenir, dans l'espace aussi, un monde meilleur. Ce qu'il y a de bien dans ce schéma, c'est qu'il part du constat que le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui est pénible – c'est déjà une bonne chose. L'inconvénient de cette approche est qu'il rend souvent les humains incapables de se construire une vie décente pour le présent. Aussi, les humains ont tendance à se détourner d'une réalité quotidienne – qu'ils doivent assumer – au profit d'un avenir imaginaire qu'ils fabriquent. 

Ceux qui s'imaginent des choses 
J'ai vu beaucoup de gens en Birmanie : des riches comme des pauvres, des êtres cultivés comme des illettrés, des hommes comme des femmes, des jeunes comme des vieillards. J'ai été très surpris de voir que ces gens-là croient que, parce que dans leur vie ils ont offert des fleurs, des bougies, un ordinateur ou un photocopieur à des monastères ou à des moines, parce qu'ils offrent de l'argent devant les statues, des fruits pour les esprits, qu'après la mort, ils vont aller dans un paradis quelconque. Ils s'imaginent qu'ils iront dans un monde magnifique où ils ne connaîtrons plus la pauvreté, la maladie, la peine de la vie quotidienne. 
C'est très surprenant de voir ce comportement en Birmanie, d'autant plus que ce pays est, à ma connaissance, le dernier endroit au monde où l'on peut trouver encore l'enseignement d'origine de Bouddha. On n'y trouve pas seulement les textes, car ceux-là se trouvent aussi à Washington. 

Ceux qui ont compris l'enseignement 
On trouve en Birmanie, des hommes et des femmes, qui bien entendu sont assez peu nombreux, qui ont compris cet enseignement, qui ont mis en pratique cet enseignement, et – je le soupçonne – qui ont réalisé cet enseignement. C'est-à-dire des personnes qui sont arrivées, dans leur vie quotidienne, aujourd'hui, à ne plus rêver de paradis, à ne plus s'imaginer un monde hypothétique, meilleur. Mais ceux-là sont arrivés à se construire, dans le présent, dans les difficultés, dans les turpitudes inévitables de la vie, un monde décent, confortable, voire assez heureux. 
On trouve des gens comme ça en Birmanie, j'en suis convaincu : des moines, des laïcs, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieillards, etc. Malgré la présence de ces êtres, que Bouddha appelait des "êtres nobles". Il y a encore une grande population de gens (de tous les coins de la terre) qui croit dans toutes sortes de superstitions. Ces personnes croient qu'elles peuvent s'acheter un avenir heureux, un paradis. C'est vraiment regrettable parce que, lorsque Bouddha nous rappelle – car ce n'est pas lui qui nous l'a appris – que la peine, sous toutes ses formes, est une caractéristique générale du monde, il n'a pas pour autant entretenu ses auditeurs dans le rêve d'un avenir qui chante, d'un monde meilleur. Il a eu l'honnêteté intellectuelle de nous mettre en garde vis-à-vis du fait qu'on ne peut pas acheter sa place au paradis. 

La cessation de la souffrance 
La cessation plutôt que l'acquisition 
Selon lui, le point le plus important n'est pas l'acquisition du bonheur. Le point le plus important est d'arriver à la fin, à la cessation, à l'extinction, à la disparition de la peine. D'ailleurs, quand il nous dit de quoi est fait le monde selon lui, il dit qu'il est fait de dukkha, qui est la peine, la douleur. Il nous dit qu'il y a bien entendu une cause à cette peine, et que parce qu'il y a de la peine et de la douleur dans le monde, il doit y avoir la possibilité de la fin de la peine. De la même manière que c'est parce qu'il existe la maladie qu'il existe la guérison. Car s'il n'y avait pas de maladie il n'y aurait bien entendu pas de guérison. 
Il ne nous présente donc pas le bonheur, la vie éternelle, le fait de vivre de vivre dans des mondes divins comme étant l'alternative, la solution, la réponse à la question de la souffrance. Il nous dit que c'est la fin de la souffrance qui est l'alternative. De la même manière que l'alternative à la lumière, c'est l'obscurité ; ce n'est pas autre chose. Pour Bouddha, l'alternative à la souffrance, c'est la cessation de la souffrance, et non pas autre chose. 
Par exemple, nous savons que le contraire du chaud n'est pas le froid. Ce que nous appelons le "froid", c'est en réalité "moins chaud". C'est une manière de parler, une convention, lorsqu'on oppose le "froid" au "chaud". C'est comme "grand" et "petit". En fait, "petit" n'est pas le contraire de "grand", c'est simplement "moins grand", c'est aussi une manière de parler. Lorsqu'on dit d'un immeuble : "Cet immeuble est grand", quel est le contraire d'un immeuble grand ? Est-ce un immeuble petit ? Bien sûr que non puisqu'un immeuble "petit" signifie simplement un immeuble "moins grand". Un immeuble que nous croirons petit restera grand pour un insecte. 
Le contraire, à la présence d'un immeuble, qu'il soit grand ou petit, c'est l'absence d'immeuble. L'alternative à la chaleur, c'est l'absence de chaleur, l'absence de température (Cela est une chose que les humains n'expérimentent jamais, car sur terre, les choses les plus froides ont encore une température). 

La solution 
L'alternative, la solution, face à la question de la peine, c'est son absence. C'est aussi simple que ça ! Voilà pourquoi dans l'enseignement de Bouddha, l'enseignement d'origine, tel qu'on peut le rencontrer dans les écritures du theravāda, ne nous parle pas tellement du bonheur, mais nous parle beaucoup plus de la cessation de la douleur – nirodha. Pour arriver à la cessation de la souffrance, selon lui, il n'y a pas grand chose que nous puissions faire. Parce qu'on ne peut pas enlever la souffrance. La souffrance n'est pas une chose qu'on peut attraper, isoler, séparer et enlever. Ce n'est pas comme la saleté dans le linge. Quand on prend du linge qui est sale, on le lave, on enlève la crasse, et on a du linge propre. Avec la souffrance, ça ne fonctionne pas tout à fait ainsi. 
Selon Bouddha, pour arriver à la fin de la souffrance, il suffit simplement d'arrêter de la créer, d'arrêter de la produire. Puisqu'on ne peut pas l'enlever, il faut éviter de la fabriquer. Pour arrêter de fabriquer de la souffrance, il suffit simplement d'arrêter ce qui en est la cause. Exactement comme pour un feu, nous ne pouvons pas le prendre et l'enlever. Si nous voulons éteindre un feu, nous devons arrêter la cause du feu ; nous devons arrêter ce qui est responsable de la présence du feu. Ce qui est responsable de la présence du feu, c'est qu'il y a un carburant qui est chauffé. Il brûle et donne ainsi du feu. C'est pourquoi, lorsque nous voulons éteindre un feu, nous ne pouvons pas enlever la flamme. Lorsqu'on jette de l'eau sur un feu de bois, l'eau n'est pas un élément qui va effacer le feu – cela a bien sûr été étudié scientifiquement. Simplement, l'eau va refroidir le bois qui est en feu. Parce que le bois va être refroidi, il ne va plus produire du gaz, des essences inflammables. Il va redevenir froid et pour cette raison, la flamme va disparaître. 
De la même manière, lorsque nous voulons traiter un cancer, enlever les cellules cancéreuses ne suffit pas pour guérir le cancer, car de nouvelles cellules cancéreuses viendront. Il faut trouver un remède qui empêche l'apparition de ces cellules. Sinon, nous ne parviendrons pas à guérir la maladie. 
De la même façon, si nous voulons arriver à la fin de la peine, de la douleur, nous ne pouvons pas vraiment attraper cette peine, cette douleur, la mettre dans un filet et la jeter au rebut. Néanmoins, nous pouvons arrêter d'alimenter. Nous pouvons arrêter la multiplication des causes qui amènent à cette peine. 

La voie à suivre 
Le fondement de la voie de la libération 
Bouddha nous a donné des explications très claires, techniquement assez faciles à mettre en œuvre pour arrêter de produire les causes de nos misères, de nos difficultés, de nos peines. À commencer déjà par nous-mêmes. Chacun peut commencer le travail pour lui-même. Plus il y aura des personnes saines, des personnes "guéries", des personnes équilibrées, c'est-à-dire des personnes que Bouddha appelait des "êtres nobles", et mieux la société humaine se portera. Ce qui ne doit certainement pas empêcher les bonnes volontés de trouver des solutions économiques, humanitaires, scientifiques, médicales, pour soulager le monde de ses souffrances. Comme nous pouvons le constater, cela ne suffit pas. 
Pour aller plus loin et arriver à un monde avec moins de peine, moins de souffrance, il nous faut d'abord commencer par travailler sur nous. 
Le travail que nous pouvons fournir nécessite un minimum de contrôle, de discipline personnelle, de vigilance, surtout quand on vit dans un monde où l'on est entouré de tout un environnement qui ne va pas dans le sens de la santé et du bien être. Aussitôt qu'on entreprend une démarche pour aller mieux, on va se trouver en bute avec de nombreuses contradictions. Beaucoup de gens autour de nous croient que ce qu'ils font est bien, que ce qu'ils font est bon, et font des choses en espérant que cela va leur apporter le bonheur. Ce sont des choses, qui très souvent, les enfoncent et contribuent à un état extra de la société assez misérable. 
En revanche, nous qui suivons la voie de Bouddha, nous avons compris qu'il n'était pas nécessaire de faire des choses pour courir après le bonheur mais qu'il est plutôt préférable d'arrêter de faire des choses qui amènent invariablement les êtres au malheur. C'est pour ça que Bouddha propose, dans sa médecine, plutôt d'arrêter de faire des choses néfastes, qui sont malsaines et génératrices de peine, de commencer par arrêter de faire ce qui est mal. Ce qui nécessite une certaine vigilance et un certain self-contrôle. 
L'étape suivante 
Une fois que nous avons balayé le terrain, dans nos vies quotidiennes, en arrêtant de produire ce qui est mal, ce qui est malsain, ce qui génère de la souffrance, nous pouvons faire ce qui est sain et bénéfique, pour aller encore plus de l'avant. Lorsque nous nous abstenons de faire le mal, nous n'avons pas arraché les racines de la souffrance. Nous avons seulement coupé l'arbre. Pour extirper les racines, il faut aller plus loin. L'abstention n'est pas une chose suffisante ; il est nécessaire aussi de développer des actes et des attitudes saines, positives et habiles. Cela nous permettra d'aller encore plus loin. Toutefois, pour arriver à l'éradication finale, il nous faut aussi entraîner le mental. 

L'entraînement final 
L'entraînement final, qui doit amener les êtres à la libération finale, à la noblesse, est ce que nous appelons l'établissement de l'attention – satipaṭṭhāna. Cet entraînement nécessite un investissement total en temps et un investissement total de notre personne. Il se fait lors d'une retraite intensive qui peut durer plusieurs semaines ou plusieurs mois, et qui amènera à l'expérience dite de l'éveil. 
Il faut donc procéder dans l'ordre et par étapes successives. Bouddha nous a donné les instructions... 
sīla, samādhi, pañña 
Abandonner tous les actes nuisibles, cultiver les actes sains, et enfin, développer le mental. Abandonner les actes nuisibles peut être rendu possible par sīla, qui est la vertu. La vertu, c'est savoir se tenir, se comporter, se retenir. C'est s'interdire de faire des choses malsaines et négatives, comme le vol, le meurtre, la violence, la médisance, le mensonge, l'adultère, la consommation de drogues, etc.
Produire des actes positifs, sains, est possible si on développe une faculté de présence, d'attention et de concentration dans ce que l'on fait, lorsque notre esprit n'est pas distrait. 
Enfin, développer la sagesse, la connaissance, l'intelligence, est cela que Bouddha appelle l'entraînement du mental qui mène à la libération. Cela se fait lors de l'entraînement à satipaṭṭhāna. 
Nous avons enfin les trois volets : sīla, samādhi, pañña. Ils correspondent, en bref, abandonner les actes malsains, cultiver les actes sains et entraîner le mental. Ceci est la voie qui a été découverte par Bouddha et, selon lui, la seule voie menant les êtres à la libération, à la fin de la peine, du stress et de la douleur, ici même, dans notre monde actuel, dans nos vies quotidiennes, pour chacun d'entre nous. 
Puissiez-vous, vous qui écoutez cet enseignement aujourd'hui, et puissent aussi ceux qui ne l'écoutent pas, en faire un jour la rencontre, le comprendre, l'analyser, le mettre en pratique et, finalement, puissiez-vous, et puissent le plus d'êtres possibles dans ce monde, arriver à l'expérience libératrice de l'éveil, qui est la fin de la souffrance, qui est dukkha nirodha.